Ils sont issus de la Belle Démocratie, de Ma Voix, de Laprimaire.org, des zèbres, de générationcitoyens…

Leur point commun ? Redonner le pouvoir aux citoyens, leur permettre de candidater aux élections législatives. Mais pas forcément avec un programme (un peu comme En Marche), et de temps en temps avec une stratégie financière.Anti-CETA

Certains sont contre les partis, d’autres utilisent cette structure comme un outil. Mais ils se disent au-dessus d’eux.

Certains ont présenté des candidats à la présidence (Charlotte Marchandise ou, on y a cru, Alexandre Jardin), d’autres se focalisent sur le siège du pouvoir de la 5ème République : l’Assemblée Nationale.

Leur point commun : « hacker » la démocratie, pirater l’assemblée en proposant des candidats citoyens, hors de tout système politique conventionnel, hors des partis. Et pour cela, ils utilisent les principes démocratiques modernes ou moins exclusifs comme la démocratie liquide, l’élection sans candidat, le tirage au sort à l’image de Saillans.

Autre point commun : aller chercher ceux qui ne votent plus. L’objectif n’est pas de changer un socialiste ou un républicain pour qu’il vote citoyen. L’objectif est de transformer un non-votant en votant citoyen.

Ils n’ont pas spécialement de programme bien défini, leur objectif étant bien de simplement remplacer les habitués de l’hémicycle, habitués des partis, habitués des hautes fonctions, par madame et monsieur tout le monde.

Dans tous ces groupes, il y a souvent deux manières de voir les choses :

  • La manière orientée, avec un socle d’idées, un programme, minimaliste ou complet. Le but est d’essayer d’avoir un groupe à l’Assemblée et pouvoir ainsi influencer la politique ou créer un contre-pouvoir citoyen. Ceci étant, fort peu se disent de gauche ou de droite, ils sont « hors parti, hors système ».
  • La manière large. Tout le monde est bienvenu, du moment qu’elle ou il est un citoyen ordinaire. Du coup, on retrouvera des membres d’organisations diverses dans un même groupe, y compris des extrêmes. On pourra ainsi retrouver des pseudo-activistes parisiens avec des Gentils Virus chouardiens qui se mélangent avec des écolos locaux ou des anti-mondialisation.

On retrouvera aussi deux stratégies structurelles :

  • Ceux qui veulent utiliser les moyens offerts par la République se constituent en partis (laprimaire). Ils espèrent ainsi, même s’ils n’ont pas d’élus, obtenir 1% dans une cinquantaine de circonscription. On verra un peu plus loin ce que cela rapporte.
  • Les anti-systèmes. Leur leitmotiv : les citoyens n’en peuvent plus de la politique, n’en peuvent plus des partis. Sorte de légende urbaine basée sur l’abstentionnisme aux élections, elle permet de rejeter tous ceux qui ont un tant soit peu d’idée stratégique.

Pourquoi est-ce que candidater en masse aux élections législatives est une opportunité ?

Pour ceux qui se constituent en parti, la loi sur le financement politique est claire : avoir fait plus de 1% des suffrages exprimés dans un minimum de cinquante circonscriptions bénéficient du financement public.

Car, soyons raisonnables, à part quelques cas particuliers, il sera quasi impossible, en 2017, d’élire un groupe parlementaire citoyen (15 députés depuis 2009). Les appareils des partis « traditionnels » fonctionnant encore bien.

En détail, avec une pondération liée à la parité des candidats, un suffrage exprimé varie entre 0,90 et 1,40 €. En 2015, 63 millions d’euros d’aides publiques ont été distribuées à la dizaine de partis éligibles. Ainsi, pour une circonscription moyenne de 75.000 électeurs (45 millions d’électeurs en 2016 pour 577 circonscriptions), 1% de votants, si on considère environ 60% d’exprimés, cela représente 450 suffrages. Sur cinquante circonscriptions, 22.500 suffrages. En supposant que les citoyens ont une parité cohérente, cela représente donc un budget annuel potentiel d’environ 30.000 €.

Ça a l’air facile d’avoir ces 1%

En fait, pas vraiment. Si on regarde en détail les dernières élections législatives, très peu de partis ont pu avoir 50 candidats avec plus de 1%.

En 2012, 3996 candidats ont fait plus de 1%. Seuls 13 partis ont eu plus de 50 candidats, quelques uns ont pu être financés parce qu’ils étaient alliés du PS mais le NPA, par exemple, n’a pu réunir ces 1% que dans 17 circonscriptions.

C’est donc bien un pari risqué que de se lancer à l’assaut des législatives. Car, pour se lancer, il faut financer la campagne et pour se faire rembourser, il faut faire 5%. Et là, c’est une autre histoire. En 2012, 2374 candidats sur 6611 ont fait 5% dont 1988 pour les 6 partis principaux (FN, UMP, PS, FdG, EELV et Nouveau centre).

Le calcul est à faire…

Il n’y a pas d’espoir ?

Si,  c’est la première fois qu’il y a autant d’initiatives citoyennes et surtout, la première fois qu’elles se regroupent sous des bannières communes. Pour la Belle Démocratie, par exemple, ils étaient une quarantaine d’associations diverses à Vogüé au printemps dernier pour envisager ce moment électoral (dont le parti Pirate, Idéa, Super Châtaigne, des membres de Nuit Debout, Isabelle Attard).

2017 ne sera peut-être pas l’avènement du piratage de la démocratie mais il semble qu’un mouvement, avec des similitudes avec Nuit Debout, Podemos, Syriza… puisse émerger.

Mais il restera probablement à homogénéiser autour d’un projet clair. Car, on le voit en ce moment en Espagne, un projet citoyen qui a fini par gagner des élections nationales (Podemos) ou locales (Barcelona en Comù), est en train de se déchirer sur la stratégie selon Iglesias ou Errejon.

 

Crédit photo : logo La Belle Démocratie , logo Assemblée Nationale