Hier soir, alors que les media s’enflammaient malheureusement sur des sujets bien plus sombres pour la vie humaine, l’ancienne ministre et aujourd’hui directrice générale du FMI, Christine Lagarde, annonçait depuis Washington qu’elle ne ferait pas appel de la décision de la CJR.

J’ai été déclarée négligente mais sans condamnation, sans sanction, sans inscription de cette décision. Je n’en suis pas satisfaite, mais il arrive un temps où il faut juste stopper, tourner la page et passer à autre chose, continuer à travailler avec ceux qui me font confiance.

Continuer à travailler avec ceux qui lui font confiance, voilà l’objectif de l’ancienne ministre. On entend bien qu’elle a décidé d’arrêter de travailler avec ceux qui ne lui font pas confiance. Avec ceux qui ont donc jugé qu’elle est coupable de négligence.

La CJR ne condamne pas beaucoup, mais quand elle le fait, c’est forcément retentissant médiatiquement, beaucoup moins pénalement. Un petit retour sur les affaires jugées par la Cour de Justice de la République :

  1. L’affaire du sang contaminé, Laurent Fabius et Georgina Dufoix non condamnés, Edmond Hervé (ministre de la santé à l’époque) condamné mais dispensé de peine
  2. Relaxe de Ségolène Royal pour une affaire de diffamation
  3. Michel Gillibert, condamné pour un détournement de 1.3 millions d’euros à … 20.000 € d’amende et trois ans de prison … avec sursis
  4. Charles Pasqua, corruption, complicité et recel d’abus de biens sociaux … un an de prison avec sursis
  5. Christine Lagarde, dispensée de peine
  6. Une affaire en cours concernant les frégates de Taïwan

 

On le voit, la CJR n’est pas une institution qui distribue les peines.

 

Alors que dans des affaires qui ne sont pas d’état, voler un morceau de fromage (de chèvre) entraîne trois mois de prison ferme. Mais ce jeune homme, à Toulouse, à son grand malheur, n’a pas été ministre de la République. Ce n’est pas une condamnation d’un autre âge, mais celle du tribunal de Toulouse jugée le 21 novembre 2016.

 

Christine Lagarde reprend donc sa liberté … avec la vérité

 

C’est un petit écart de langage, probablement, mais dans la bouche de la directrice du Fonds Monétaire International, ça fait désordre :

Je suis donc très heureuse de ne pas faire appel de cette décision et de concentrer toute mon attention, tout mon temps, tous mes efforts, toute mon énergie et mon enthousiasme à ma mission à la tête du FMI

 

Quel écart avec la vérité ?

Il n’est pas possible de faire appel de la décision de la CJR, tout simplement. On peut aller en cassation, et c’est alors un autre panel de juges de la CJR qui reprend l’affaire.

Rappelons que la cassation, dernier recours en justice, ne permet pas de juger des faits mais uniquement des moyens de droit utilisés. Il y avait donc bien peu de raison d’aller en cassation.

 

Pour finir, une petite info insolite à propos de la CJR

 

L’institution dispose d’un budget de près de 900.000 € par an pour juger quelques cas isolés. Quand on connaît le manque de moyen de la justice, on pourrait déjà être choqué. Mais quand on sait que ce budget est utilisé pour moitié pour payer le loyer des locaux de la rue Constantine. Heureusement, la CJR va déménager en 2017 sur l’île de la Cité.

 

Crédit photo : Par Tiraden — Travail personnel, CC BY-SA 3.0