Le livre du candidat à la présidence, Révolution mérite le détour. Il permet de se faire une idée plus précise du personnage. Emmanuel Macron décrit son parcours, ses idées, sa vision.

Alors, Emmanuel Macron ultralibéral ou pas ?

Merci à Alain Godard pour son travail de synthèse de ce livre que nous proposons ici.

1/Ce que je suis

Une description de ses origines familiales, bourgeoise républicaine provinciale…Des parents et une grand-mère pour lesquels les études étaient essentielles et qui en ont fait un passionné de littérature et de philosophie…une volonté d’être libre malgré la volonté de ses parents  pour construire sa vie  , fût-elle hors des sentiers battus…Des expériences variées en France et à l’étranger, avant de devenir banquier d’affaires puis de se lancer en politique.

2/ Ce que je crois

Les clivages gauche/ droite partisans ne sont plus en mesure de faire face aux problèmes du pays. Il faut changer ce système dans lequel la communication a pris la place de l’action, mettre les dogmes de côté et s’engager à reconstruire un programme pour « servir » la France de manière désintéressée, comme l’ont fait dans le passé le Général de Gaulle ou Pierre Mendès-France.
Le véritable clivage aujourd’hui est entre les conservateurs passéistes qui proposent aux Français de revenir à un ordre ancien, et les progressistes réformateurs qui croient que le destin français est d’embrasser la modernité.

3/Ce que nous sommes

Nous avons une histoire commune qui a fait de nous des enfants de l’Etat, que nous ne devons pas considérer comme un mal, mais comme un guide autour duquel nous devons refonder notre République, avec pour priorité l’ouverture aux autres.

4/La grande transformation

Le changement du Monde apparaît à beaucoup comme une menace et la peur d’une mondialisation dont les logiques commerciales et financières, trop souvent sous influence de la spéculation, domine les esprits. Cette mondialisation se transforme et s’accélère  avec l’arrivée du numérique qu’il faut cependant considérer comme une opportunité pouvant redonner un rôle à chacun.
Les risques de toutes natures nous entourent : risques environnementaux, risques géopolitiques, risques terroristes… L’Etat se voit sommer d’éliminer tout risque, ce qu’il ne peut pas faire en réalité…Une fermeté intransigeante et une autorité vraie sont nécessaires, mais elles ne régleront pas tout.
Les excès de la financiarisation, les inégalités la destruction environnementale, l’augmentation inexorable de la population mondiale, les migrations géopolitiques et environnementales croissantes, la transformation numérique sont les éléments de ce grand bouleversement …ce n’est pas en rafistolant un modèle créé pour avant-hier que nous résoudrons ces questions : il faut réinventer notre pays.

5/ La France que nous voulons

Il faut d’abord sortir du laisser-aller, de l’inertie et de la fatigue qui nous laissent nous accommoder de situations inacceptables (chômage, désindustrialisation, institutions dépassées, Education Nationale obsolète,  rentes injustifiées, inefficacité de l’action publique…)
Le « modèle » français, passé  au service de la protection de l’ordre existant, ne peut évoluer , figé par un immobilisme mortifère…Pour le protéger et maintenir les rentes, la classe politique droite et gauche réunies ont créé de la dette qui deviendra insoutenable pour nos enfants. Il faut arrêter ce processus et travailler à une refondation profonde, comme le Conseil National de la Résistance avait su le faire en 1945 : passer d’une France qui subit à une France qui choisit !
Il faut donner à tous les individus une égalité de droits et de possibilités et mettre dans les faits chacun sur la même ligne de départ.
Les protections corporatistes doivent laisser la place aux protections individuelles, non pas toujours basées sur les salariés mais sur les activités décentralisées de plus en plus nombreuses que génèrent la transformation  numérique. Ce modèle doit se décentraliser pour se refonder autour de la diversité de chacun et du refus de la fatalité.

6/Investir dans notre avenir

Notre ambition doit être de mettre fin à la désindustrialisation et renouer avec le rêve productif : sans production, pas de « modèle social ». Cet objectif est difficile car nous avons peu de marges de manœuvres.
Il faut retrouver progressivement un équilibre économique plus favorable, en réduisant les dépenses publiques, à commencer par celles qui sont les moins justifiées car injustes ou détournées de leur objectif (plafond d’indemnisation du chômage à 6000 euros/moi ou aides au logement bénéficiant d’abord aux propriétaires…).
Il faut être pragmatique et progressif et ne pas être absurde au point de sacrifier notre croissance pour gagner marginalement un dixième de point de déficit : il faut conduire en même temps 2 priorités : l’investissement public et la réduction des dépenses courantes.
Par investissement « public » il faut comprendre d’abord l’éducation et la formation sources d’innovation indispensable au pays… ensuite, l’investissement dans la transition écologique, énergie et réhabilitation des logements, agro-écologie, infrastructures et transport et enfin, le déploiement de la fibre numérique…
Selon lui, sur ces domaines, l’Etat doit envoyer les bons messages aux bons acteurs, en soutenant toutes les entreprises, petites et grandes qui participent à ces projets.
Pour inciter les entreprises à investir, priorité à la visibilité avec engagement à s’interdire de modifier plusieurs fois un même impôt au cours d’un quinquennat. De même, le CICE sera transformé en allègement direct de charges pour toutes les entreprises, grandes et petites. D’autres allègements pourraient être décidés, financés par une fiscalité plus incitative sur la pollution ou la consommation (TVA).
Les start-up seront soutenues et leurs créateurs bénéficieront d’une fiscalité récompensant la prise de risque. Principe auquel il faut ajouter, présente en filigrane, une réforme de l’ISF pour qu’il s’investisse plus largement dans les entreprises et l’innovation.
La concurrence devra devenir plus loyale pour permettre aux petits et nouveaux entrants dynamiques de pénétrer les marchés : c’est là une mission forte de la puissance publique vis-à-vis des acteurs nationaux comme des concurrents étrangers. L’intervention plus directe de l’Etat sur certains marchés stratégiques peut être  justifiée (défense, nucléaire et énergies nouvelles…).

7/ Produire en France et sauver la planète

Le défi écologique est devenu central, touchant de nombreux  domaines comme l’alimentation, la santé, les logements, les transports. Mais ce défi représente aussi, si rien d’essentiel n’est fait, un risque pour la paix. La  France peut et doit jouer un rôle moteur en utilisant comme plateforme opérationnelle sur le sujet de la biodiversité ses territoires d’outre-mer. Ecologie et économie doivent fonctionner main dans la main pour promouvoir de nouvelles solutions dans la production énergétique décentralisée ou l’agriculture biologique par exemple.
Dans les cinq ans à venir, nous devons devenir des champions mondiaux de la « clean-tech. », en s’appuyant sur une place financière parisienne devenue leader internationale de la finance verte.
Cette nouvelle écologie transformera à la fois nos villes de plus en plus sobres et de plus en plus humaines et nos campagnes revivifiées par une politique de qualité correctement rémunérée.
Au-delà des engagements et des soutiens des pouvoirs publics qui peuvent créer et promouvoir des outils et des incitations, c’est à chacun aussi de prendre conscience des enjeux et de décider à sa façon d’apporter sa pierre au projet commun.

8/ Éduquer tous nos enfants

L’Ecole est le combat premier, pour permettre un meilleur partage de l’accès au savoir et à la culture. La réussite de la France dans ce domaine appartient largement au passé et nos résultats actuels sont devenus médiocres. Un cinquième des élèves sort du primaire sans vraiment savoir lire, écrire ou compter, et ce sont les élèves issus des milieux les plus modestes.
De nombreuses et fausses réformes ont été lancées  par la gauche et la droite, la dernière en date étant celle des rythmes scolaires , après celles ayant supprimé la formation initiale des maîtres ou baissé les moyens de l’éducation nationale.
Il faut passer du « bricolage » et des réformes « à la marge » à une vraie révolution. L’école primaire d’abord car c’est là que tout se joue, en particulier dans les zones d’éducation prioritaire : investissements, dédoublement de classes, scolarisation précoce, formation et accompagnement des enseignants, médecine scolaire, révision de la carte scolaire, transports scolaires.
Pour le collège qui, à terme, bénéficiera du rétablissement du primaire, il faudra toutefois revenir sur la suppression des classes européennes et rétablir les classes bi-langues anglais-allemand en sixième.
Le second combat concernera l’orientation, avant –dès le collège-et après le bac : information transparente des élèves et des familles sur les chances de succès de chaque option…Repositionnement de l’enseignement professionnel en en transférant la gestion aux régions.
Les universités devront se moderniser et s’adapter aux nouvelles technologies et au monde dérégulé : e-learning, bourses pour les plus modestes, contributions adaptées pour les plus aisés, attraction des meilleurs enseignants, ouverture non-stop ou presque des bibliothèques…
Les enseignants sont clé pour assurer ce changement, et il faudra les libérer des règles, rigidités et complexité dues aux innombrables « circulaires ». Il faut résolument mettre en place un nouveau modèle bas sur l’autonomie des établissements : place aux initiatives et expérimentations locales sur la base d’objectifs clairs et partagés…Et réhabilitation du métier d’enseignant  aussi bien sur le plan moral que sur le plan financier.

9/ Pouvoir vivre de son travail.

Il n’y a pas de « fin du travail » et la lutte contre le chômage doit être notre priorité. Nos règles actuelles ne sont plus adaptées, elles favorisent les « insiders » et rejettent les « outsiders » : il faut garantir à tous une place sur le marché du travail par exemple en permettant à ceux qui veulent s’installer et créer leur activité de la faire même s’ils n’ont pas les diplômes. Dans le même esprit, les cotisations salariales et les cotisations payées par les indépendants doivent être réduites.
Il faut baisser le coût du travail en particulier celui des jeunes pour les entreprises : cela passe par un déverrouillage de l’apprentissage. Il faut aussi clarifier le coût de la rupture du contrat de travail, en instaurant un plancher et un plafond pour les indemnités prud’homales.
L’adaptation est un facteur clé de succès pour les entreprises et on ne peut avoir une règle unique pour des activités régies par des marchés et des priorités différentes. D’où l’idée que le droit du travail doit acter de grands principes (égalité hommes/femmes, temps de travail, salaire minimum etc…) et de renvoyer au niveau des branches voire des entreprises la recherche d’équilibres socio-économiques adaptés au contexte.
Il faut parallèlement innover pour donner aux syndicats une meilleure représentativité et donc une meilleure capacité de négociation sur les sujets qui les concernent (négociation salariale, régulation de l’entreprise , accompagnement des actifs..).
La société actuelle fera évoluer les travailleurs d’un métier à l’autre. L’Etat devra donc à la fois mettre le paquet sur une formation requalifiante  et obligatoire, largement décentralisée aux régions et à des prestataires externes, et protéger les individus face à la perte d’emploi. Il est irresponsable dans ce contexte de vouloir rendre dégressives les allocations-chômage et il faut au contraire les étendre aux non-salariés, indépendants, commerçants et artisans, de même qu’il faut les ouvrir aux salariés qui décident pour réorienter leur vie de démissionner de leurs fonctions. Ce nouveau système entraînera naturellement que l’Etat le reprenne en main par rapport à la gestion paritaire existant aujourd’hui.

10/Faire plus pour ceux qui ont moins

Le mode de fonctionnement de la société actuelle crée des inégalités et laisse sur le bord de la route les plus modestes et les plus fragiles : elle nous oblige à la solidarité, notion plus forte chez nous que dans les sociétés anglo-saxonnes. L’Etat doit devenir un « investisseur social », qui outre un indispensable filet de sécurité, doit privilégier l’intervention en amont, moins coûteuse et plus efficace.
Sur cette question, Il faut récuser à la fois les approches de la droite (culpabiliser les « assistés ») et de la gauche (se contenter de verser des prestations sociales). De même, la tentation du « revenu universel de base »pour séduisante qu’elle soit marginalise le travail comme facteur d’émancipation et ne constitue donc pas une solution.
Il faut à la fois aider ceux qui, ayant droit à des prestations, n’en bénéficient pas soit par ignorance soit par renoncement face aux difficultés administratives, et parallèlement sanctionner les fraudeurs qui exploitent les trous de la législation et alimentent ainsi les dénonciations de l’ « assistanat ». Mais la nouveauté,ce doit être de remettre au travail un maximum de personnes, en s’appuyant sur les entreprises de l’économie sociale et solidaire qui doivent être aidées pour ce faire.
La lutte contre toutes les discriminations est un autre thème prioritaire. La loi peut être un outil efficace, mais le « testing » des comportements doit aussi être développé pour identifier les blocages.
La santé doit aussi être au cœur de cette action en faveur des plus faibles : augmentation des actions de prévention, nouvelles modalités de paiement pour les publics jeunes et très âgés, développement des partenariats régionaux ou locaux.
Les retraites construites autour de la notion de salarié, doivent évoluer vers un système plus simple et plus lisible. Les différents régimes doivent être rapprochés et devenir égalitaires par rapport à la réalité du travail réalisé, qu’il soit salarié ou autre.
Enfin, le système de solidarité devra faire une place nouvelle à un phénomène qui va marquer les décennies à venir, celui de la dépendance des personnes âgées, protection nouvelle qui ne relève ni de la retraite, ni de la maladie avec l’ambition de ne pas seulement « ajouter des années à la vie, mais surtout d’ajouter de la vie aux années ».

11/Réconcilier la France

Il faut prendre acte que l’on vit différemment dans le centre des  grandes villes, dans les banlieues ou à la compagne et apporter à chacun des services et infrastructures adaptés à leur spécificité. Le rôle des métropoles structurantes est majeur pour aller vers un nouvel équilibre où la mixité sera la règle. L’Etat devra porter sa part d’investissement pour assurer cette recomposition, en partenariat avec les autorités publiques locales et l’appui du privé.
Notre politique du logement est obsolète ; il faut construire massivement et rapidement dans les « zones tendues » des métropoles où les loyers explosent : ceci passe par une libéralisation d’un droit toujours plus complexe.
Autour de cette France des grandes agglomérations où le transport en commun doit être la priorité, existe une France « périphérique » éloignée des centres d’activité et de culture, où l’usage de la voiture individuelle est incontournable : cette France périphérique doit être revivifiée en s’appuyant sur des investissements intercommunaux.
De grands territoires régionaux (Nord/ Nord-est) ont souffert plus que d’autres de la crise par disparition des vieilles industries qui ont été incapables de muter vers les nouvelles technologies : le développement économique doit y être privilégié pour redonner un minimum d’espoir aux populations.
Enfin, il faut un plan pour la France de la ruralité afin de développer une économie productive dans nos campagnes, basée sur la valorisation des produits locaux, le tourisme et la rénovation des bâtiments, mais aussi sur des activités de transformation agro-alimentaires ;
Il faut y lancer des expérimentations pour recréer grâce au numérique de nouveaux services de proximité, ainsi que des infrastructures de communication  permettant à ces territoires de sortir de leur isolement. L’Etat doit reprendre la main lorsque nécessaire pour désenclaver les zones isolées (mobiles, fibre optique).
Parallèlement, des structures de santé adaptées doivent être maintenues ou recréées pour assurer la prévention et les premiers soins, de même que les services publics et en particulier les écoles.
Les territoires d’outre-mer constituent des cas particulier qui doivent être traités par des mesures spécifiques leur permettant d’innover dans les domaines où ils sont forts, comme la biodiversité ou les technologies de la mer.
En conclusion dans ce domaine comme beaucoup d’autre, place à un Etat incitateur et facilitateur qui laisse l’initiative et l’expérimentation aux acteurs du terrain.

12/ Vouloir la France

Vouloir la France, c’est vouloir la liberté de conscience, une culture commune, une nation exigeante et bienveillante. Ces valeurs doivent nous accompagner quel que soit le contexte.
De nouvelles menaces apparaissent, Daech est notre ennemi du moment, mais cela ne justifie pas de perdre nos valeurs en inventant des mesures de circonstance qui remettent en cause ces valeurs.
La laïcité est une liberté avant d’être un interdit : elle n’est pas faite pour exclure. Mais si la liberté de conscience est totale, l’intransigeance quant au respect des lois de la République est absolue. Il faut reconnaître la difficulté que nous avons actuellement avec l’islam. Il faut l’aider l’islam non intégriste à s’intégrer d’une part, en coupant ses liens financiers avec des pays étrangers et d’autre part mener sans faiblesse le combat contre l’islam radical. Notre législation actuelle est suffisante pour cela et nous devons démanteler les organisations et associations salafistes qui prêchent la haine et le rejet de l’autre. Parce qu’elles ont en même temps occupé le terrain social dans des banlieues désertées par la République, il faut réoccuper ce terrain par des actions publiques et associatives en soutenant les mouvements qui combattent pour la laïcité ou le droit des femmes.
Parallèlement, il faut retisser le lien culturel autour de notre histoire commune en y faisant la place à tous ceux qui ont apporté la pierre à l’édifice, sans oublier quiconque d’où qu’il vienne.
Il ne revient pas à la politique de donner un « sens « à la vie de chacun ; cela reste une affaire personnelle. Mais elle peut promouvoir des valeurs assurant le lien entre tous, et d’abord la fraternité. Les valeurs d’efficacité trop souvent mises en avant ont leurs limites : trop de managers et de donneurs d’ordres sont dominés par un système dont ils ont perdu les clés…des vies sont ruinées au nom de l’efficacité économique et cette course à « l’optimisation «  maximum peut conduire à des drames.
Les valeurs de bienveillance et de fraternité doivent être mises en avant pour l’accueil des étrangers : accélération des procédures de droit d’asile pour ceux qui peuvent en bénéficier, afin de ne pas laisser s’installer ceux qui en bout de chaîne n’y auront pas droit.
Le corollaire de la bienveillance  est l’exigence : chaque personne qui arrive sur notre sol doit s’engager à respecter et défendre les valeurs de la république qui permettront son intégration.

13/Protéger les Français

Le rôle premier de l’Etat, c’est de protéger la liberté de chacun face à la peur. Mais ce n’est pas en accumulant des propositions de circonstance en fonction de l’actualité que nous y parviendrons. Notre législation antiterroriste est suffisante : l’état d’urgence justifié juste après les attentats ne l’est plus aujourd’hui et il faut donc en  organiser la sortie.
L’armée utilisée pour le maintien de l’ordre ne peut être qu’un ultime recours. C’est aux forces de police et de gendarmerie que revient cette mission et il faut donc les renforcer en moyens et en effectifs, au moins 10 000 supplémentaires au-delà de ce qui est prévu. La police de proximité, sous ce nom ou sous un autre doit être réinstallée et développée.
La clé de la lutte antiterroriste est dans le renseignement : la suppression des Renseignements Généraux a été une erreur majeure et il faut revenir dessus afin de reconstruire un maillage efficace du territoire. Ce dispositif ancré sur les territoires sera complété par une cellule centrale de traitement des renseignements de terrain mais aussi du renseignement informatique.
Renforcer les forces de police sans redonner des moyens à la justice serait vain, car la complémentarité des deux est essentielle. Il faut revoir et redéfinir les objectifs des différentes peines pour de manière pragmatique associer à chaque délit une peine qui sera vraiment applicable et appliquée, plutôt que prévoir de manière large des peines de prison qui ne sont jamais appliquées.
Enfin, il faut associer la société civile au combat sur la base du volontariat : l’objectif de former sur cette base de 30 000 à 50 000 jeunes dans le cadre de la réserve opérationnelle irait dans ce sens.

14/ Maîtriser notre destin

Nous devons accepter la réalité du monde ouvert dont nous faisons partie et dont les défis sécuritaires, migratoires ou environnementaux nous appartiennent. Nous sommes une puissance internationale, maritime, diplomatique, militaire ce qui nous ordonne d’être exigeants avec nous- mêmes pour que notre parole soit entendue.
C’est d’abord autour de la Méditerranée que nos efforts diplomatiques et militaires doivent se concentrer pour gagner la bataille contre Daech. Il faut s’appuyer sur l’Algérie et l’Egypte qui ont des intérêts communs avec nous, aborder politiquement avec le Quatar et l’Arabie Saoudite leurs relations de soutien à des organisations qui déstabilisent la région, et soutenir l’Iran dans sa réinsertion dans le jeu international (en restant vigilant sur sa politique nucléaire).
Avec Israël, il faut convaincre que  la reconnaissance d’un Etat Palestinien est la condition d’une paix durable et que la colonisation est une faute. Le statut de Jérusalem doit prendre en compte le respect de toutes les religions.
Sans naïveté , il faut continuer à donner à la Turquie une chance de ne pas s’écarter durablement de l’Europe qui constitue un contrepoids à ses dérives actuelles.
L’Afrique doit continuer à bénéficier des coopérations militaires françaises avec interventions sous mandat de l’ONU lorsque nécessaire afin de conserver un minimum de stabilité dans les zones les plus fragiles, et permettre à court et moyen terme le développement économique attendu sur le continent.
Concernant la Russie, nous devons refonder nos relations pour se situer à égale distance d’une ligne américaine qui peut changer avec l’élection de Donald Trump et d’une ligne de connivence avec un régime russe très critiquable. On veillera donc au nom du pragmatisme sur des sujets comme l’Ukraine, le terrorisme, l’énergie, à ne pas couper les ponts mais à parler avec fermeté  avec la Russie autour de partenariats ciblés.
L’incertitude liée au rôle futur des Etats-Unis vis-à-vis de l’Europe doit nous inciter à construire une stratégie européenne en matière militaire et diplomatique.
A côté des aspects sécuritaires, il faut relancer des initiatives à caractère commercial économique et culturel dans le reste du monde. Ce dernier point, la culture est majeure pour notre présence dans le monde et il faut privilégier à l’étranger notre système de bourses, nos centres culturels et nos écoles qui sont plus importantes que les diplomates eux-mêmes. En clair, on peut progressivement inclure notre diplomatie dans une approche européenne, mais il faut garder notre spécificité culturelle facteur de rayonnement français à l’étranger.
La présence de la France à l’étranger est large et multiple et doit être soutenue, avec des mentions prioritaires qui concernent l’Afrique où nous devons être moteurs dans le développement des nouvelles lites entrepreneuriales et la Chine compte tenu des enjeux économiques.
Enfin, la France doit jouer un rôle pour « humaniser » une mondialisation dévoyée par les excès d’un capitalisme financier difficilement contrôlable par les Etats-Nation .Il est illusoire d’y  parvenir seul et c’est au sein du G20 que cela parait possible. La France doit convaincre  l’Union européenne d’abord puis les autres acteurs du G20 de se lancer vigoureusement dans cette entreprise.
La lutte contre la fraude fiscale est également une priorité qui sera facilitée par la mise en place d’une dynamique de convergence fiscale entre les pays de la zone euro et de l’Union Européenne : l’ouverture commerciale n’est politiquement soutenable que si la richesse taxable, nécessaire à toute redistribution, ne s’évapore pas avec les flux financiers.
Notre réponse constante à ce monde qui change doit être de civiliser par tous les moyens cette mondialisation et d’ancrer notre action au cœur d’une Europe devenue de plus en plus indispensable

15/Refonder l’Europe.

Il faut affirmer que pour nous, l’Europe est clé pour la France, au lieu de répéter par manque de courage qu’elle est un problème. Mais il faut cependant reconnaître que le projet européen s’est enlisé dans les procédures et les traités et a perdu toute vision.
Les objectifs du projet initial de l’Europe –paix, prospérité, liberté—sont devenus à risque. Il faut les remettre à l’ordre du jour et les consolider.
Il faut reprendre l’Europe à son début, à son origine : ne pas partir de la technique mais construire un nouveau projet politique véritable, bâti autour de trois concepts : la souveraineté, le goût de l’avenir et la démocratie.
Il faut redéfinir le souverainisme et dire que les vrais souverainistes sont les pro-européens : ceux qui prônent de tout refaire à l’échelle nationale conduiraient à l’échec dans presque tous les domaines : migrations, terrorisme, transitions climatique et numérique, accords commerciaux …
Sur le plan migratoire, l’Europe nouvelle doit investir dans une véritable et efficace force commune pour contrôler les frontières et les mers, avec un système de carte d’identité commun et redéfinir les règles avec les pays tiers dont le Royaume-Uni.
Pour le commerce, cette Europe de la souveraineté doit réguler efficacement le libre-échange : implication en amont des parlements pour valider des protections plus efficaces : mesures anti-dumping simples et rapides, contrôle des investissements étrangers.
Le goût de l’avenir est essentiel pour réussir, pour construire ensemble une ambition commune de relance. Un pilotage politique centralisé est indispensable : il faut lancer un budget pour les investissements de la zone Euro, financé par des emprunts réalisés au niveau de la zone Euro. Ce budget serait mis en œuvre par un Ministre des Finances de la Zone euro, responsable devant un parlement de la zone Euro.
Ce plan d’investissement sera sans commune mesure avec le plan Juncker par exemple et couvrira les besoins des pays sur des domaines comme l’éducation, la recherche, la formation, les énergies renouvelables et le stockage de l’énergie, l’équipement en fibre…
Pour pouvoir imposer un tel plan à nos partenaires et en particulier à l’Allemagne, il faudra montrer notre sérieux en s’engageant sur un plan avec des investissements de modernisation d’une part, et une baisse des dépenses courantes d’autre part. Pour faciliter cette mutation, il ne faudra pas hésiter à travailler avec un nombre réduit de pays pour avancer sur la convergence fiscale, sociale et énergétique. Tout ceci devra être mis en place dans les deux ans en accord dans un premier temps avec l’Allemagne et l’Italie.
Cette action de convergence doit rester compatible avec L’Union Européenne en tant qu’espace économique et politique plus large.
Enfin, il faudra remettre la démocratie à sa place afin que le peuple reprenne le projet en mains : dès fin 2017, juste après les élections allemandes , sera proposé le lancement dans chaque pays de conventions démocratiques : pendant six à dix mois, chaque pays débattra pour identifier sur la politique européenne et ses priorités. Ces débats seraient repris par les gouvernements qui élaboreraient ensemble une feuille de route de l’Europe à faire valider par chaque pays selon ses traditions démocratiques ( parlements ou référendum).Il s’agirait de relégitimer l’Europe sur une liste de projets qui ne pourront plus être remis en cause.
C’est un projet essentiel qui s’inscrit dans la durée, et donc qu’il faut démarrer rapidement.

16/Rendre le pouvoir à ceux qui font

Il faut sortir d’un système que personne ne supporte plus, éloigné qu’il est devenu des préoccupations des Français : ils se soucient moins de  représentation que d’action, ce qui implique de simplifier nos fonctionnements législatifs pour les rendre moins instables plus efficaces. Le renouvellement du personnel politique est essentiel, il sera facilité par la loi existante sur le  non-cumul des mandats exercés, mais aussi par une autre à venir qui devra limiter les mandats de parlementaires dans le temps.
Il faut faciliter l’engagement dans la politique de citoyens qui ne soient ni fonctionnaires, ni collaborateurs d’un parti, ni professionnels libéraux. Les entreprises devront innover pour proposer des protections aux employés qui voudront s’engager en politique.
Il faut aussi faciliter le sortie de des élus qui quittent leurs fonctions en instituant des dispositifs les aidant à se reconvertir.
Mais le renouvellement des élus ne suffira pas si on ne réforme pas en même temps les partis politiques sclérosés par la succession de générations d’apparatchiks : ils doivent retrouver leur raison d’être : former, réfléchir et proposer.
Ce même renouvellement est aussi  indispensable pour les syndicats trop souvent dirigés par des professionnels du syndicalisme éloignés du quotidien des salariés.
La haute fonction publique doit aussi avoir un devoir d’exigence : si l’ENA a des mérites, il faut la compléter en ouvrant les postes de direction de la fonction publique à des non-fonctionnaires. Ce qui implique que l’Etat s’adapte pour attirer d’autres talents. Et faire accepter que l’appartenance à un « corps » administratif ne soit pas suffisante pour assurer une protection et un privilège à vie aux bénéficiaires.
Le gouvernement sur certaines décisions,  les ministres pour l’exercice de leurs fonctions ne doivent pas être exemptés de l’exigence de responsabilité.
Comment peut-on faire mieux et changer les choses ?

  • En s’engageant sur la transparence et la clarté, afin que les décisions proposées soient comprises par tous. Le monde du tweet n’est pas le bon pour communiquer sur le fond.
  • En mettant fin au bavardage législatif ,  à la surtransposition des textes communautaires et aux lois de circonstance…et en revoyant la procédure d’adoption des textes
  • En en finissant avec cette règle ancienne qui fait de la rédaction d’un texte la finalité de l’action administrative.
  • En systématisant l’évaluation des politiques publiques et le contrôle de l’action publique.
  • En s’engageant à la stabilité des lois et des textes, en s’interdisant de modifier un impôt ou une politique publique plus d’une fois dans un quinquennat.
  • En refondant l’organisation de l’Etat, avec peu de ministres et des périmètres stables.
  • En rendant le pouvoir à ceux qui connaissent le terrain, dans les hôpitaux, les collèges, les commissariats, les prisons.
  • En transférant le pouvoir des administrations centrales vers les administrations de terrain.
  • En développant la mobilité des fonctionnaires pour en avoir plus là où les besoins sont les plus importants.

L’Etat a vocation à jouer un rôle central qui doit être renforcé dans plusieurs domaines régaliens, et pour ces objectifs il faut renforcer ses moyens. A côté les collectivités locales et leurs élus doivent jouer un rôle accru, dans le cadre d’une décentralisation pragmatique.
Tous les autres, Syndicats renforcés dans leur action, Associations  toujours plus actives, citoyens engagés doivent trouver leur place dans ce nouveau projet : transformer le réel, déployer l’action, restituer le pouvoir à ceux qui font.

Verbatim de la conclusion d’Emmanuel Macron

Tout cela, me direz-vous ce sont des rêves. Oui, dans le passé les Français ont par le passé rêvé à peu près cela. Ils ont fait la Révolution. Certains même en avaient rêvé avant. Puis nous avons trahi ces rêves, par laisser-faire. Par oubli. Alors, oui, ce sont des rêves. Ils réclament de la hauteur, de l’exigence. Ils imposent l’engagement, notre engagement. C’est la révolution démocratique que nous devons réussir, pour réconcilier en France la liberté et le progrès. C’est notre vocation et je n’en connais pas de plus belle.

 

Conclusion de la rédaction

A la lecture de ce texte, on peut se demander si l’on peut bien parler d’ Emmanuel Macron ultralibéral. De la même façon, pendant des mois, sa candidature était donnée comme étant vide. Ce livre prouve que le projet du candidat d’En Marche était mûri depuis longtemps.

Vous pourrez aussi trouver une analyse du programme présenté en mars sur notre site.

Le programme de Macron : https://en-marche.fr/emmanuel-macron/le-programme