En ne se positionnant pas clairement dimanche soir, Jean-Luc Mélenchon a rompu avec la tradition du front républicain. Et probablement fait une grosse erreur stratégique.

Le résultat tombé, alors que tous les candidats validaient le score, même légèrement ténu, seuls les porte paroles de la France Insoumise refusaient de participer au débat en remettant potentiellement en cause le résultat.

A la suite de cela, Jean-Luc Mélenchon, dans un discours déçu, faisait rapidement un bilan et n’appelait pas à voter pour Emmanuel Macron. Il ne faisait pas non plus état de son vote.

En procédant ainsi, le leader de la France Insoumise a rompu avec le Front Républicain d’une part, et avec sa lutte historique contre le Front National. Le résultat s’est immédiatement fait sentir sur les réseaux sociaux.

L’abstention et le vote blanc apparaissent majoritaires sur Facebook et le réseau social Discord

Fort peu nombreux sont les partisans d’un vote pour Emmanuel Macron, ou même pour un vote pour le candidat qui est contre Marine Le Pen. Et quand ils se prononcent pour, les discussions filent rapidement sur les arguments récurrents :

  • Macron = Le Pen
  • Si on donne trop de voix  Macron, il fera ce qu’il veut
  • Voter Macron maintenant c’est avoir Le Pen dans 5 ans, autant l’avoir tout de suite
  • Macron est un banquier, il est le pire de tous
  • Le libéralisme tue plus que le fascisme
  • Personne ne me dit ce que je dois voter
  • Marre qu’on me force à voter
  • De toutes façons, Macron gagnera avec ou sans nous
  • Si elle est élue, elle ne pourra rien faire si on gagne les législatives
  • Etc…

De plus, en annonçant hier que les Insoumis devraient voter sur la plateforme pour savoir la position du mouvement, les porte paroles de la France Insoumise ont exacerbé les débats en les légitimant. Et en permettant à des invités plus ou moins acceptables de fausser la discussion, les trolls d’extrême droite se sont en effet permis de venir publier des appels à voter Le Pen, plus ou moins refoulés.

Bref, alors que le mot d’ordre général est : je suis libre de mon vote, les insoumis vont voter pour dire ce que l’ensemble doit voter. Pas sûr que ce soit fructueux. La cristallisation est actée.

Conséquences possibles

La première conséquence est visible sur le net, les articles qui disent que Marine Le Pen n’est pas éliminée d’office font foison. Comme celui de Ouest France.

Il ne faut pas oublier que Marine Le Pen est dans une dynamique forte, que l’abstention pourrait être, elle aussi, très forte, que ce soit parce que les électeurs n’auront pas envie de se déplacer ou parce qu’ils auront suivi l’idée qu’un insoumis ne vote pas pour un banquier.

Aujourd’hui, Marine Le Pen est à environ 40% contre 60 pour Macron.

S’il y a 35% d’abstention, ce qui est possible, il faudra 15 millions de votes en sa faveur pour gagner. En ajoutant ses votes du premier tour, les votes reportés des électeurs de Fillon (notamment ceux de Sens Commun), de Dupont Aignan ou même d’Asselineau, qui peut aujourd’hui jurer qu’elle ne peut pas gagner ?

Et si Marine Le Pen est élue, tout est possible, y compris, comme le rappelait hier sur France Info, Thomas Guénolé :

Elle pourra utiliser l’article 16 de la constitution comme l’a fait De Gaulle et personne ne pourra la contrer

Pour les législatives

En ne se positionnant pas, en jouant à celui qui n’accepte pas les résultats voire en faisant croire que les votes sont truqués, la France Insoumise ne se positionne pas le mieux du monde pour les législatives.

Aujourd’hui, en projetant les résultats du premier tour sur les législatives, il y aurait quelques dizaines de députés FI. Pas sûr que cette stratégie soit la bonne…