L’économie du partage sur la sellette ?

Quand on a besoin d’un chauffeur, on veut qu’il soit moins cher. Quoi de mieux qu’un autoentrepreneur qui nous baladera dans sa voiture.

Dans le même ordre d’idée, si on a un voyage à faire entre Lyon et Paris, quoi de plus normal que de partager une voiture avec d’autres personnes. C’est moins cher et plus respectueux de l’environnement.

Partir en vacances pas cher à Rio de Janeiro, si des gens veulent que leur appartement dans cette même ville soit occupé pendant les leurs, c’est sympa!

Si l’on reste dans le domaine de l’occasionnel, ça s’appelle rendre service. Si un site Internet propose que ces opportunités soient réunies pour les optimiser et que ce service est gratuit, c’est commencer à rentrer dans une zone légale spécifique : la tolérance à la fraude fiscale et notamment à la TVA. En effet, quand vous mettez un appartement à disposition, l’argent que vous en retirez devrait normalement être déclaré au fisc. Et comme il s’agit d’une vente de services, vous devriez reverser la TVA à l’état. En tout cas, une entreprise qui ferait ça y serait soumise.editorial(17)

L’état le tolère dans une mesure faible. Les petites annonces par exemple, les vide-greniers sont des tolérances qui devraient être soumises à l’impôt.

Mais quand on passe à la vitesse supérieure, ce que font les entreprises comme Uber, AirBnb et même Blablacar, on se retrouve dans l’escroquerie à grande échelle.

D’une part, ces entreprises multinationales ont des attitudes vis à vis du fisc français très « optimisation fiscale » mais en plus, elle ne soumettent à l’impôt que les bénéfices qu’elles font (leur commission). Tout le chiffre d’affaires réalisé par ces particuliers n’est pas soumis à l’impôt ni à la TVA. Et quand ce ne sont pas des particuliers, ce sont des auto-entrepreneurs, pauvres exploités sur l’autel des charges sociales.

En plus de ça, Uber a tendance à oublier la loi du pays dans lequel elle travaille. On pourra avantageusement lui répondre que le TAFTA n’est pas encore passé en Europe.

Faut-il pour autant abandonner l’idée d’économie de partage ?

Bien sûr que non! Le partage est une belle chose quand il s’agit d’actions bénévoles, en empathie avec celui qui en a besoin.

On doit pouvoir trouver des sites Internet qui proposent de faire la route ensemble sans pour autant payer un abonnement ou une commission. Il faut que ça reste du domaine de l’entraide et de l’exceptionnel, pas une méthode pour court-circuiter les commerçants ou le fisc. On doit pouvoir prêter sa perceuse à son voisin sans pour autant passer par jepretemaperceuseenpayantunecommission.com.

Sous prétexte de partage, d’entraide, de générosité, ces sites transforment des sentiments généreux en machines à fric.

25% de frais pour Uber, on comprend la colère des chauffeurs de VTC

Techniquement, quels sont les frais de Uber ? Les frais de développement de la plateforme sont depuis longtemps amortis et il ne s’agit plus que de mises à jour, d’améliorations. Ça a un coût et une équipe de développement est nécessaire. Pourtant, Uber perd de l’argent. 1,2 milliards de dollars perdus en 2016.

Selon son directeur financier, les pertes sont liées aux aides financières apportées aux chauffeurs. Il y a eu aussi 2 milliards de pertes en 2 ans en Chine. Ça devrait s’arranger avec la fusion avec un acteur local du VTC.

De fait, Uber a levé 15 milliards de $ sur les marchés, est valorisée plus de 60 milliards de $ mais perd des milliards. Il y aurait peut-être lieu de revoir le business model de la plateforme avant d’augmenter ses marges sur le dos des chauffeurs.

Quelle solution alors ?

Le site framasoft.org, depuis des années, réussit à concurrencer positivement les outils payants en terme de logiciel.

Il suffirait d’un développement d’une plateforme de partage accessible aux chauffeurs de VTC sans frais, sur le modèle de Framasoft avec, éventuellement, une petite participation pour une équipe technique chargée du maintien de l’application.

Revenir à une vraie économie du partage, basée sur la solidarité, l’open source plutôt que sur le business model de start up prêtes à tout pour être valorisées en bourse.

Crédit photo : Logo Framasoft – Degooglisons Internet